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Rackets / chantiers

PRODOMO partenaire de « Ras-le-vol » : c’est le nom de code de l’opération montée entre sécurité et bâtiment

Rackets sur les chantiers : la répression s’organise dans les Bouches-du-Rhône

Finalement, comme toujours, c’est l’indétectable « chiffre noir » qui est le plus grand ennemi des policiers et gendarmes. Le chiffre inconnu des plaintes qui ne seront jamais déposées, parce que les professionnels ont peur, que la « loi du silence » est encore trop prégnante.

Dans les Bouches-du-Rhône, on a quand même recensé l’an dernier 502 vols sur les chantiers du bâtiment, 40 dégradations, 20 rackets et quelque 200 affaires diverses. Des chiffres en diminution. Sans doute parce que la parole s’est libérée depuis 2004, date à laquelle, pour la première fois, une fédération du bâtiment et des travaux publics, celle des Bouches-du-Rhône, montait au créneau pour dénoncer de tels faits, fort préjudiciables à l’ordre démocratique, et appeler à l’aide les pouvoirs publics. Une première convention était alors signée. Elle fera des petits un peu partout en France. Marseille montrait l’exemple. Naîtra ensuite la convention nationale, signée en 2008.

Mais hier, une nouvelle étape a été franchie. Une nouvelle convention a été signée entre le préfet de police Jean-Paul Bonnetain et le président de la Fédération du bâtiment 13, Johan Bencivenga. Le nom de code du dispositif parle de lui-même : « Ras-le-vol » ! Finis les « approches amicales », le paiement de la« dîme » et autres pratiques délictueuses… Le préfet Bonnetain résume volontiers les grands axes du nouveau partenariat : « diagnostic de sécurité, mobilisation des derniers outils technologiques, incitation au dépôt de plainte systématique, protection éventuelle de l’anonymat des plaignants… » Le préjudice s’élève chaque année à 50 millions d’€ dans le département.

Nombre d’entrepreneurs hésitent même à répondre aux appels d’offres sur certains territoires aux allures de zones de non-droit. « Les conditions ne sont pas réunies pour construire », glisse-t-on parfois avec un rien de politiquement correct. « Aujourd’hui, il y a une prise de conscience de la profession qu’il est intolérable de supporter des rackets, des chantages à l’embauche, des menaces », aime à dire Johan Bencivenga, le président de la Fédération. Le procureur adjoint Jean-Jacques Fagni précise qu’un« référent parquet » est mis en place, afin de faire « remonter les plaintes ».

Plus de 200 affaires ont été recensées depuis huit ans. En janvier 2006, une escroquerie avec 21 emplois fictifs était mise au jour à La Bricarde à Marseille (15e). Préjudice : 320 000 € pour une entreprise locale. En novembre suivant, quatre malfaiteurs étaient interpellés à La Cayolle (9e) pour des malversations aux allures d’extorsions de fond sur deux entreprises. Après la parole libérée, c’est la « bonne pratique »professionnelle qui gagne du terrain chez les entrepreneurs. Ceux qui rêvaient encore ont fini par ouvrir les yeux.

Les chiffres qui inquiètent les professionnels

Selon Prodomo, l’un des leaders dans l’univers difficile de la prévention et de la sécurité des chantiers, 65 % des entreprises du bâtiment et des travaux publics déclarent avoir subi deux vols, voire plus, au cours des 10 derniers mois.

Selon la même source, le préjudice moyen subi par vol est de 10 000 euros.

Les coûts directs et indirects des vols et actes de vandalisme sont évalués à 2 % du chiffre d’affaires d’un chantier.

La typologie des principaux vols constatés est la suivante : 23 % de métaux (cuivre, aluminium), 29 % de matériaux (électrique, sanitaire, chauffage), 36 % d’outillage…

46 % des vols et dégradations surviennent le week-end, lorsque les entreprises ne sont pas présentes sur les chantiers.

Les deux tiers des vols sont des vols d’opportunité, commis par une population riveraine qui considère comme normal de « se servir » sur un chantier en vue de « bricolages ».

Denis Trossero

Source :

http://www.laprovence.com/article/economie/2319098/rackets-sur-les-chantiers-la-repression-sorganise-dans-les-bouches-du-rhone.html

Prodomo